Le ministre délégué au budget, Mohamed Diaré, peu après son séjour à Abu Dhabi au sommet de la conférence des investisseurs et bailleurs de la Guinée, a accordé une longue interview portant l'annonce de plus de six milliards de dollars promis à la Guinée.
Comment la conférence des investisseurs et des partenaires s'est-elle déroulée ?
Mohamed Diaré : D'abord, des grandes personnalités de la sous-région ont tenu des discours, des témoignages sur les réformes qui ont été amorcées en Guinée. Ensuite, il y a eu des panels de haut niveau. Une partie concernait les partenaires bi et multilatéraux; alors que le gouvernement a animé un panel, tout comme le secteur privé dans un autre. Au bout de ces sessions parallèles, nous avons présenté ces différents projets. Je pense que la dynamique est relancée et après Abu Dhabi, on espère un développement accéléré de notre économie.
Ces six milliards de dollars seront-ils décaissés par une entité ou par plusieurs ?
Mohamed Diaré : Ce n'est pas une seule entité qui a annoncé ces six milliards et demi de dollars. En vérité, nous avons signé des conventions à Abu Dhabi. La première entre le ministère de l'agriculture et un groupe Emirati. La deuxième concerne l'appui de la société financière internationale (Sfi) dans la préparation du projet de partenariat public- privé. La troisième, l'extension du port de Kamsar mais lié à la reprise du Projet Global Alumina Company (GAC).
Pour être plus précis, qui sont les principaux donateurs ? Combien ont-ils donné ?
Mohamed Diaré : Les six milliards et demi de dollars, c'est juste un montant planché qui se subdivise en deux parties. L'une concerne le secteur public pour 1,6 milliard de dollars et l'autre le secteur privé. Si vous voulez les détails pour le public, la banque mondiale a annoncé 492 millions, qui seront orientés vers ses domaines d'intervention. La banque Islamique du développement a annoncé trois cent millions de dollars, le fonds saoudien de développement 172 millions de dollars, la France 120 millions de dollars, l'Allemagne 32 millions, la BIDC de la CEDEAO 60 millions de dollars, le fond Koweïtien 65 millions de dollars…. Mais ce qui m'a beaucoup marqué, c'est le geste d'un investisseur sénégalais résident à Dakar, qui a promis dix bourses d'études par an à la Guinée jusqu'au dernier jour de sa vie. Il y a également Abu Dhabi, qui a fait un don de 90 millions de dollars dans le secteur de l'énergie et 30 millions dans l'agriculture. Je ne vous ai pas parlé du geste de l'Union européenne, du reste du 10-ème Fonds Européen du développement et du 11-ème FED. Ce n'est pas un montant planché. Donc, ce montant pourrait atteindre les 7 à 8 milliards.
Pour le secteur privé à hauteur de 5 milliards de dollars concerne un seul projet, notamment la reprise du Projet Global Alumina Company (GAC), qui sera faite en deux étapes. L'une sera la construction d'une mine et l'exportation des minerais de bauxite en 2017 et la construction d'une raffinerie en 2022. Ce projet a été initié depuis 2006 mais avec les événements de 2007, le principal actionnaire a annoncé son retrait. Depuis, on était à la recherche d'un repreneur, qui allait venir quand ? C'est ainsi que nous avons discuté le groupe Emirati Mubadala. La phase d'installation va créer entre 700 à 800 emplois directs et en phase de production un peu la moitié. Le plus important est que Mubadala n'ira pas au marché financier pour prélever des fonds. Il a déjà les fonds nécessaires pour son projet. Ils ont dit à Abu Dhabi qu'ils commenceront leurs investissements en 2014, ceci est la réalité, le concret. C'est qui peut changer les conditions de vie des populations. Globalement, je ne parle pas en tant que membre du gouvernement, j'interprète ce que les invités ont annoncé. Je pense que Abu Dhabi a été un succès. L'ensemble des guinéens doit se mettre d'accord pour capitaliser parce que l’État seul ne peut pas développer ce pays mais tout un chacun.
Y a-t-il une conditionnalité ou des conditionnalités pour le décaissement du montant ?
Mohamed Diaré : Il n'y a pas une ou des conditionnalités particulières pour le décaissement des fonds. Nous avons envoyé plus de cinquante projets dans les domaines prioritaires à Abu Dhabi. Ce sont entre autres dans le domaine de l'énergie, des infrastructures, de la santé, de l'agriculture, des mines, du tourisme. C'est un ensemble de projets présenté à Abu Dhabi.
Mobiliser tout ce beau monde jusqu'à Abu Dhabi coûte cher. Qui va payer la facture ?
Mohamed Diaré : Quand vous organisez une telle conférence, il y a trois choses. D'abord, vos propres resssources disponibles. Ensuite, l'appui de vos partenaires. La BAD nous a aidés à recruter un cabinet qu'elle a financée pour l'organisation matérielle de l'événement. Elle a également payé les billets d'avion pour certains participants. Il y a également ceux qui nous ont reçu, les Émirats Arabes Unis ont pris toute la logistique en charge comme l'hébergement et la restauration. Il y a enfin les investisseurs et les partenaires qui sont allés à leur propre charge. Quand on voit cela, on pense que c'est le gouvernement guinéen qui a tout pris en charge. Non, notre contribution, c'est peut-être le paiement des billets et des perdiems.
Si vous faites aujourd'hui un sondage dans la cité, beaucoup pensent que cette annonce de 6 milliards de dollars n'est que la poudre aux yeux. Quelle est-elle votre perception ?
Mohamed Diaré : La question est pertinente, nos compatriotes doivent cesser de s'embrouiller eux-mêmes. Quand le président de la Banque Islamique du développement vient féliciter la Guinée à la tribune pour les réformes de ces trois dernières années, quand il annonce un projet de financement de trois cent millions de dollars, est-ce le gouvernement guinéen qui a demandé ces témoignages ? La banque mondiale a promis à son tour près de 500 millions, le fonds Koweïtien fait sa promesse, l'Allemagne promet 24 millions d'Euros, la France aussi, je pense que ces engagements ne sont pas de la poudre aux yeux mais des engagements fermes. Le groupe Mubadala a promis d'investir à partir de 2014, c'est du concret. Cela ne vient pas du gouvernement guinéen mais de ses partenaires bi et multilatéraux.
Si vous poursuivez le même sondage dans les quartiers, beaucoup de citoyens pensent que ces six milliards seront à répartir cash dans les familles. Qu'en est-il au juste ?
Mohamed Diaré : Je pense que même si c'était le principe de partage, les Guinéens ne l'accepteraient pas. Parce que partager six milliards à onze millions de Guinéens, peut-être que chacun mangerait sa part en une semaine, il n'y aurait aucun impact. Mais les guinéens sont d'accord que les cinq milliards de Mubadala soient réalisés dans le projet de Global Alumina, qui va créer beaucoup d'emplois, de ponctionner des recettes fiscales à long terme.
Que ferait votre gouvernement pour éviter que ces annonces soient un feu de paille ?
Mohamed Diaré : Depuis là-bas, nous nous sommes dit qu'il faut mettre en place un comité inter-ministériel de suivi pour tous les engagements faits. Mais tous les ministres ne sont pas rentrés. Nous sommes en train d'élaborer l'ossature de cette structure. Pas plus tard qu'avant-hier, j'ai eu des discussions avec l'administrateur des grands projets pour réfléchir ensemble en vue de mettre en place cette cellule de suivi des engagements pris à Abu Dhabi.
Sans langue de bois, qu'est-ce qui n'a pas réellement marché à Abu Dhabi selon vous ?
Mohamed Diaré : Je vois l'idée générale. Pour moi, tout a bien marché à Abu Dhabi parce que les résultats ont été positifs. En comprenant le système financier mondial, on ne pouvait pas s'attendre à de l'argent liquide mais plutôt à des engagements. On n'était pas parti prendre de l'argent à Abu Dhabi mais plutôt des engagements qui pourraient être concrétisés.
En écoutant les cris de cœur des populations dans les bas quartiers, pensez-vous que celles-ci font du cadeau à votre gouvernement, qu'elles vous font un mauvais procès ?
Mohamed Diaré : je pense que quelquefois, les populations à tort ou à raison n'arrivent pas à comprendre l'enjeu des réformes qui sont en train d'être faites. Par contre, d'autres apprécisent les réformes à leur juste valeur. Je crois que le plus important est d'expliquer aux populations ce qui a été fait par rapport au passé et annoncé les perspectives. Parce que si le gouvernement est là, sans perspectives, en acceptant l’inacceptable, je pense que les populations peuvent avoir des idées noires. Le gouvernement est là, il a mené des réformes, des perspectives du développement. Ce sont ces actes qu'il faudrait expliquer aux populations parce qu'à certains endroits, il y a de l'intox, des mauvaises informations, qui sont distillées ça et là pour perturber et intoxiquer. Le gouvernement est en train de faire son mieux.
Le hic, Monsieur le ministre, est que votre gouvernement communique peu ou mal….
Mohamed Diaré : Communique pas ou communique mal, je ne peux pas le dire ainsi. Mais certains membres du gouvernement expliquent de temps à temps, ce dont on a hérité, quelles sont les perspectives en vue pour le développement harmonieux de la Guinée. Je crois également que le gouvernement ne peut pas sortir tous les matins, quand quelqu'un dit que le gouvernement ne fait rien, pour polémiquer en venant dire une heure après que nous travaillons. Quand vous avez une ligne de conduite bien définie, si ce que vous faites est apprécié par les partenaires étrangers, quand vous savez qu'au bout de l'effort, il y aura de la satisfaction, je pense qu'il vaut mieux se concentrer et de temps à temps, communiquer.
Justement, Monsieur le ministre, le paradoxe est que tous les partenaires décernent des satisfécits à votre gouvernement, mais les populations se plaignent dans les quartiers…..
Mohamed Diaré : Je pense que c'est de la mauvaise foi. J'ai reçu un Haïtien en Guinée. A l'époque où il était chaud à Conakry. Il a dit qu'il préfère les conditions de vie d'ici qu'ailleurs. C'est le cri de cœur d'un étranger, qui est venu en Guinée juste pour quelques jours. il faut que les gens se ressaisissent et qu'ils accordent du crédit à l'action du gouvernement. Nous sommes en train de travailler, ce n'est pas en claquant les doigts. Avec un gouvernement d'un an ou deux ans on ne peut s'attendre à ce que tout soit changé en un coup.
Six milliards de dollars, c'est faramineux mais pensez-vous que ce montant pourrait contribuer à la résolution des préoccupations des citoyens en manque de tout ou presque ?
Mohamed Diaré : Je n'hésiterais pas à dire oui. Six milliards, c'est beaucoup. C'est à peu près le Produit intérieur brut de la Guinée. Mais n'oubliez pas que nous sommes en train de finaliser le cadre d'investissement du projet Simandou, qui vaut près de vingt milliards de dollars. On a parlé de GAC, qui vaut cinq milliards de dollars. Avant d'aller à Abu Dhabi, nous avons signé une convention dans les mines, avec une société chinoise de l'ordre de huit milliards. N'oubliez pas non plus l'annulation de la dette de l'ordre de 2,3 milliards de dollars. Donc, si on additionne toutes ces perspectives, ce sont des dizaines de milliards, qui seront injectés dans l'économie dans les prochaines années. Si tel se concrétise, c'est d'abord la création des emplois, qui entrainera la réduction du chômage. Avec ses investissements, l’État peut accroitre ses capacités financières à travers le prélèvement fiscal. Ce qui nous permettrait de faire face à certaines fonctions régaliennes. Quand vous prenez le budget de 2011, 2012 et même 2013, la priorité a été donnée à deux secteurs, soit 10 pour cent du budget. Ce sont les travaux publics et les énergies. Ensuite, vous avez l'éducation, l'agriculture. Ces quatre priorités bouffent en grande partie la majorité du budget. Tout ceci, c'est pour améliorer les conditions de vie des populations. Pensez-vous que ce qu'on a pas pu faire de 1958 à 2010, peut-on le faire en deux ans, non, il faut du temps.
Le ministre délégué au budget, Mohamed Diaré, peu après son séjour à Abu Dhabi au sommet de la conférence des investisseurs et bailleurs de la Guinée, a accordé une longue interview portant l'annonce de six milliards et demis de dollars promis à la Guinée.
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